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Réunion des membres du Comité d'Entr'aide Halluinois,

au "Foyer de la Paix", rue Emile Zola, en Octobre 1943.

De gauche à droite, assis : Jules Menet, Deprost, Stanislas Sion, Alfred Maret,

Henri-France Delafosse, Achille Descamps, Maurice Gheysen, Charles Lesage,

Lagrou, Achille Meeuros. Debout : Roger Boudry, Anaïse Menet, Nestor Verhaeghe,

Maurice Trachez, Degrande, Marcel Creupelandt, Julien Demeulenaere,

Julien Verhaeghe, Georges Tack, Albert Lannoy et Roger Saver.

(photo DD 14636  n° Img 013)


Une Première Française à Halluin (Nord). 

 

Le 2 septembre 1939, dès le premier jour de la guerre, Henri-France Delafosse, président actif de la section halluinoise de l’Union nationale des anciens combattants, convoquait sa commission et proposait la création d’une œuvre qui s’intitulerait : « Entraide aux combattants halluinois »

 

C’est ainsi que le 12 septembre 1939, la première du Nord et de toute la France, Halluin constitue un bureau pour venir en aide aux combattants halluinois. Cette initiative eut un très grand retentissement et marqua fortement l’histoire de la vie locale.

 

 Ceci fut possible grâce à la mobilisation de toute la ville, notamment des sociétés patriotiques et au dévouement inlassable de plusieurs halluinois qui se sont dépensés généreusement pendant toute la durée de la guerre 1939-1945.

 

C’est l’historique de cet événement local que je vous détaille ci-après : 

 

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Réunion des membres du Comité d'Entr'aide Halluinois,

au "Foyer de la Paix", rue Emile Zola, en Octobre 1943.

De gauche à droite assis : Anna Descamps, Marie-Antoinette Danset, Jacqueline Defretin,

Flore Demeestère, Genevive Graye, Thérèse Demeestère, Thérèse Joncquiert, Célina Vuylsteke,

Jeanne-Marie Graye, Jules Menet, Deprost, Stanislas Sion, Alfred Maret,

Henri-France Delafosse (Président du Comité) derrière lui, debout : Julien Demeulenaere,

et Achille Descamps (à l'extrême droite assis).

(photo DD 14637  n° Img 012)

 

Les 2 et 12 septembre 1939 :

 

Le Premier Comité d’Entraide aux Combattants Français

était créé par les Halluinois.

 

En effet, le 2 septembre 1939, l’état de guerre étant déclaré entre la France et l’Allemagne, M. Henri-France Delafosse, président de la section locale de l’Union nationale des anciens combattants, convoquait, le même soir au siège « Foyer de la Paix », les membres de la commission.

 

 

Il leur expose que si les anciens combattants de 1914-1918 sont désormais trop âgés pour servir activement leur pays, ils ont néanmoins le devoir moral de venir en aide à ceux qui prendront au front la place qu’ils ont occupée vingt-cinq années auparavant. M. Delafosse propose dans ce but de créer sans tarder, dans la Ville d’Halluin, une œuvre qui s’intitulera : « Entr’aide aux Combattants Halluinois ».

 

Afin de donner à cette œuvre toute l’ampleur désirable, sur la proposition de son président, l’amicale halluinoise des anciens combattants, décide de faire appel à toutes les autres sociétés patriotiques de la ville, ainsi qu’à différentes personnalités, dont la situation ou la condition sociale, sont à même d’apporter le plus précieux concours. Le président des anciens combattants se fait alors octroyer le mandat de mener à bien, toutes les démarches utiles, mission dont il s’acquitte sans tarder.

 

Ses démarches ne tardent pas à être couronnées de succès. Il obtient immédiatement le concours du groupe halluinois des mutilés, dont il est d’ailleurs lui-même vice-président. Henri-France Delafosse s’adresse ensuite à M. Victor Hottelart, président de l’union des sociétés patriotiques et de la société de secours mutuels des anciens sous-officiers ; il reçoit de ce dernier l’accueil le plus chaleureux et le plus encourageant, M. Hottelart, acceptant non seulement la présidence d’honneur qui lui est proposée, mais aussi promet son concours financier ainsi que celui de la société qu’il préside.

 

C’est ensuite M. Maurice Toulemonde, président du syndicat d’initiative « Les Amis d’Halluin » qui apporte spontanément le concours et l’appui de cet organisme.

 

Messieurs : Gustave Menet président des Anciens militaires, Edouard Delattre président des Frères d’armes, Alfred Maret président des Archers, Achille Descamps président de la Concordia Harmonie, Jules Verraes président de la Philarmonie, Jean Sion président et  Pierre Defretin délégué du Cercle Industriel, assurent tous Henri-France Delafosse président des anciens combattants, de leur généreux concours et leur entier dévouement.

 

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Fondateur du Comité d'entraide, Henri-France Delafosse

 exhorte au patriotisme durant l'occupation allemande, en 1943.

(Photo DD 14635  n° Img 494) 

 

C’est ainsi que le 12 septembre 1939, la première Ville du Nord et de toute la France, HALLUIN constitue un bureau et lance un appel  à la population halluinoise, dès le 8 septembre, affiché en ces termes :

 

« APPEL A LA POPULATION HALLUINOISE »

 

Tous les Anciens Combattants se souviennent de la détresse de leurs camarades du front, qui laissant à leur foyer, femme ou enfants nécessiteux, se trouvaient sans aucune des ressources qui pouvaient adoucir un peu, les rudes privations du soldat en campagne.

 

Aujourd’hui pour tenir la parole donnée à ses Alliés, la France, champion du droit et de la liberté des peuples, a dû appeler sous les armes, les meilleurs de ses enfants. Pour beaucoup de ceux-ci, la pénible situation de leurs aînés de la guerre de 1914-1918 va se renouveler.

 

Il ne faut pas que ceux de nos concitoyens du front qui seraient dans une gène profonde soient abandonnés par leurs frères d’Halluin.

 

L’Amicale Halluinoise des Anciens Combattants et le Groupe H  alluinois des Mutilés ont décidé la formation d’un Comité d’entr’aide aux Combattants Halluinois ; qui sera formé des membres de la Commission de ces deux groupements, auxquels viendront se joindre certains de nos concitoyens bien connus pour leur dévouement et leur philanthropie.

 

Déjà des dons importants ont été souscrits et tous les Halluinois, surtout ceux qu’épargne la mobilisation, sont invités à donner de leur superflu, peut-être même un peu de leur nécessaire, pour alléger les privations de nos combattants, et maintenir chez eux, le moral indispensable, en ces heures pénibles.

 

Dès la semaine prochaine, une permanence, qui fonctionnera tous les jour, sera installée au FOYER DE LA PAIX, où l’on pourra faire inscrire indistinctement tous les combattants, auxquels des secours pourraient être utiles.

 

                          HAUT LES CŒURS                            VIVE HALLUIN

                                    VIVE LA FRANCE 

 

Document original de septembre 1939.

(Photo DD 28382  n° P1400055)

 

 Récit Journal "La Voix du Nord" le 7 Septembre 2014.

 (Photo VdN DD 28384  n° Img 677)

 

 (Photo  DD 28383 n° P1400057)

 

Cette réunion du 12 septembre s’ouvre donc sous la présidence provisoire de Monsieur Delafosse président de l’Amicale des anciens combattants. On y compte quarante présents.

 

Après avoir salué l’assistance, remercié d’avoir répondu à son appel, envoyé un émouvant hommage à tous les Halluinois ayant obéi simplement, mais courageusement à leur ordre de mobilisation, le président donne lecture des grandes lignes de l’œuvre qu’il veut mettre sur pied et fait prendre à chacun, l’engagement de servir en acceptant d’avance, les fonctions qui lui seront dévolues.

 

L’œuvre aura pour but de venir en aide par tous les moyens dont elle pourra disposer, à tous les mobilisés halluinois, en commençant par les plus nécessiteux et les prisonniers de guerre.

 

Elle sera placé sous la présidence d’honneur de Monsieur Victor Hottelart, président de l’Union des sociétés patriotiques et administrée par un président actif et trois vice-présidents.

 

Les trois vice-présidents seront en même temps président d’une des trois commissions composant l’œuvre :

La première sera chargée de la recherche des dons, tant en nature qu’en espèces.

La seconde, chargée de la répartition de ces dons.

La troisième chargée du contrôle, de la vérification de la caisse et des écritures.

 

Après la ratification à l’unanimité de la présidence d’honneur offerte à M. Hottelart, il est procédé à l’élection du bureau définitif. Sont élus :

 Président actif : Henri-France Delafosse directeur de banque

Vice-présidents : Pierre Defretin industriel, Maurice Toulemonde négociant et Louis Péraudeau Chevalier de la légion d’honneur percepteur de la ville d’Halluin

Trésorier : Julien Verhulst comptable

Secrétaire général : Paul Parent comptable.

 

Le président énumère les premiers dons versés par les sociétés patriotiques pour un total de 17.000 francs.

 

Dès le lendemain, tous les membres du comité, observant strictement les instructions du bureau, se mettent à l’ouvrage. La composition du comité inspirant à la population halluinoise la plus entière confiance, celle-ci répond généreusement à l’appel lancé.

 

Toutes les sociétés de la ville veulent contribuer au succès, et s’inscrivent pour des sommes en rapport avec leurs disponibilités. Aucune pression, mais partout de l’élan, les industries, le commerce, les banques apportent leur tribut, mais le geste le plus beau est bien celui d’un contremaître des Ets Sion Frères, M. Nicolas Payen qui, au cours de la réunion du septembre, apporte au trésorier une somme de 1.093,45 francs montant d’une collecte entre ses camarades d’usine.

 

Ce geste est un signal pour toute cette population laborieuse d’Halluin, dont parfois on a dit tant de mal, et qui va prouver par sa générosité, sa solidarité, l’ardeur de son patriotisme. En effet, les collectes d’usine se répètent et se propagent. Elles se font bientôt dans plus de 15 établissements industriels de la ville et, si on ajoute les dons en nature, on évalue à quelque 200.000 francs le montant total des ressources mises à la disposition du comité.

 

Tous les chiffres sont vérifiés par la commission de contrôle, déposant son rapport à chaque assemblée général mensuelle. Son président M. Louis Péraudeau, percepteur ayant fait valoir ses droits à la retraite, quitte la ville en janvier 1940, au grand regret de tous ses collaborateurs et des membres du comité d’entraide.

 

Dans sa réunion du 27 février 1940, au siège du « Foyer de la Paix », l’assemblée générale appelle aux fonctions de vice-président et président de la commission de contrôle, M. Léon Vandewalle Officier d’académie. Après acceptation de ces fonctions, celui-ci succède à M. Péraudeau.

 

Concernant l’action en faveur des mobilisés, c’est à la commission présidée par l’infatigable Maurice Toulemonde, qu’échoit la tâche la plus accablante de toutes. Dès la fondation de l’œuvre, une permanence journalière est établie au siège. Elle permet le recensement de tous les mobilisés et l’établissement pour chacun d’eux d’une fiche individuelle, portant au recto, les nom, adresse civile, situation de famille et adresses militaires successives. Le verso de la fiche étant destiné à recevoir les émargements des secours accordés.

 

Ainsi en quelques jours, 1300 mobilisés sont recensés ; chiffre imposant, mais qui permettra néanmoins, au comité d’entraide, d’adresser à chacun d’eux pour Noël 1939, les douceurs d’un colis ou les bienfaits d’un mandat.

 

A Cette date, en effet, nous relevons : 953 colis représentant une dépense de 43.080,05 francs,et 362 mandats représentant une dépense de 7.270,00 francs.

 

Les colis étant réservés aux soldats en secteur postal, et les mandats sont adressés aux mobilisés de l’intérieur.

Si chaque colis représente pour les finances de l’œuvre, une dépense de 45 francs, sa valeur marchande en est toutefois plus élevée, car il y a lieu de tenir compte des dons en nature entrant dans sa composition.

 

Le contenu d’un colis se décompose ainsi :

Un pain d’épices, deux boîtes de sardines, une demi livre de chocolats, une boîte de crème de gruyère, une savonnette, un mouchoir, un paquet de biscuits, une boîte de thon, une boîte de pâté, un flacon de liqueur (Vieille Cure), une paire de chaussettes, une écharpe de laine.

 

Un mot d’envoi et d’encouragement accompagne chaque colis, qui renferme en outre une carte postale permettant au destinataire d’en accuser réception et de signaler, s’il y a lieu, tout changement d’adresse.

 

Les difficultés rencontrées...

 

La mise sur pied et le fonctionnement de l’Entr’aide n’a pas été sans donner à ses organisateurs, quelques démêlés, parfois même de sérieux ennuis, souvent bien des soucis.

 

Lorsque germa chez son président Henri-France Delafosse l’idée de l’entreprise, dans son ardent désir de ne rien entreprendre qui soit illicite, la tâche de ce dernier fût rude, car il fallut résoudre tous les problèmes posés vis-à-vis des autorités administratives, maire et préfet, ainsi que militaires.

 

Pour commencer, M. Delafosse se mit en rapport avec Monsieur le Commissaire de Police d’Halluin auquel il fit part de son projet. De cette visite, il recueillit l’assurance que rien ne pouvait s’opposer à sa réalisation.

 

Par déférence, pour la fonction de Maire, il en avisa par lettre, Monsieur Gilbert Declercq, alors Député-Maire d’Halluin. Il ne reçut de lui d’autre réponse que celle donnée verbalement au hasard d’une rencontre, et catégoriquement défavorable. Le Député-Maire de la Ville lui signifia l’inutilité complète d’entreprendre cette œuvre attendu que celle-ci ne pouvait que faire double emploi avec le « Sou du soldat » organisation à caractère essentiellement communiste.

 

L’appui de la Municipalité  d’Halluin n’étant donc pas à attendre, le bureau décide de porter la création de l’œuvre à la connaissance de Monsieur le Préfet du Nord. C’est ainsi que M. Adrien Demassiet, vice-président de l’Amicale des Combattants se charge de présenter les statuts à M. Dadent Chef de division à la Préfecture du Nord. Il rapporte de sa visite les meilleurs encouragements verbaux.

 

Des statuts, nous nous contenterons de reproduire le 17ème et dernier article ainsi rédigé :

Si d’autres œuvres similaires étaient fondées en notre région, et formaient une Fédération, il pourrait être décidé sur l’avis favorable du bureau d’y apporter l’adhésion de l’Entr’aide aux Combattants Halluinois.

 

Le présent article devait trouver plus tard son application par l’adhésion de l’œuvre au Comité central d’entr’aide aux familles de mobilisés du Nord et Œuvre du tricot du soldat, présidé par Madame Fernand Carles.

 

Une émotion bien compréhensible s’empara un jour des dirigeants, lors du retour d’un colis, adressé au front, parmi plusieurs centaines. Sur son enveloppe, le colis portait la mention suivante : « Retour à l’expéditeur, colis n’ayant pu être remis au destinataire ». L’Entr’aide aux Combattants n’étant point reconnue par l’Autorité Militaire.

 

Ce retour précéderait-il  celui de beaucoup d’autres colis. Le bureau en eut la crainte ; heureusement, il n’en fut rien. Mais il fallait aviser. Ce fut la tâche de M. Delafosse le président.

 

Rendant visite à Monsieur le Commandant d’armes de la garnison d’Halluin, il ne tarda pas à le persuader de l’utillité et de l’importance de son œuvre, qui devait à tout prix continuer. Un rapport très favorable de cet officier supérieur permit au président de recevoir, quelques temps après, l’autorisation d’envoyer des colis aux mobilisés.

 

De nouveaux soucis naissent parmi les organisateurs de l’œuvre, lorsqu’une circulaire adressée au président par l’Office départemental du Nord des Mutilés et Victimes de guerre, traite des questions des « œuvres de guerre ».

Elle rappelle que la loi du 30 mai 1916 concernant ces œuvres semble toujours être en vigueur, et indique en particulier que toute œuvre faisant appel à la générosité publique doit faire l’objet d’une déclaration à la Préfecture, avec dépôt des statuts et qu’il doit en être donné récépissé.

 

L’entr’aide au combattants a bien en effet porté son existence à la connaissance de Monsieur le Préfet du Nord mais ses statuts lui ont été rendus et l’autorisation de fonctionner n’est que purement verbale. Une correspondance avec Madame Carles apaise aussitôt les inquiétudes du bureau, attendu somme toute que l’entr’aide n’a bénéficié jusqu’alors que de générosités privées.

 

Mais l’avenir est incertain, et le droit de faire appel à la générosité publique peut devenir sous peu d’une nécessité vitale pour l’œuvre. En conséquence, le bureau poursuit ses démarches afin d’obtenir cette autorisation. De ces faits, on peut constater l’extrême souci du président et de ses collaborateurs, de n’agir qu’en toute légalité.

 

En mai 1940, 1600 colis ont ainsi pris la direction du front, tandis que 450 mandats étaient adressés. 

 

Ces résultats n’ont pas été acquis sans peine. Et il y a lieu de rendre un hommage tout particulier au dévouement de Messieurs Maurice Toulemonde, Achille Descamps, Camille d’Halluin, Gustave Menet, Jules Descamps. Indépendamment de bien de soirées, ils consacrent tous leurs samedis, parfois même leurs dimanches, à la confection et à l’expédition des colis et mandats.

 

Aucun tableau n’est plus réconfortant que celui offert certains jours, par l’activité débordante régnant au « Foyer de la Paix ». De l’entrepôt des marchandises, méthodiquement sont sortis un à un, les articles destinés à la composition des colis. Dans une pièce voisine, une équipe d’emballeurs les reçoit, tandis qu’à côté, une vingtaine de dames ou jeunes filles s’appliquent à assurer aux colis une fermeture hermétique composée d’une toile cousue. Les colis passant ensuite au service d’expédition.

 

Bientôt la situation pénible de certaines familles de Mobilisés, attire l’attention du bureau, et sur la proposition de son président M. Delafosse, l’assemblée générale décide d’étendre son champ d’action, en votant un article additif aux statuts, permettant l’octroi de secours aux familles de mobilisés.

 

Ces secours sont accordés, après une enquête discrète, et constitués par une livraison de 100 kgs de charbon, ou 100 kgs de pommes de terre.

Les enfants des mobilisés non plus ne sont pas oubliés. La Saint Nicolas ne se passe pas sans que chacun d’eux reçoive un pavé de pain d’épices et une demi livre de chocolats. Distribution qui coûte au comité la somme de 5.000 francs. Ce geste est d’ailleurs renouvelé à l’occasion de Pâques 1940.

 

Le dévouement des membres de l’œuvre reçoit en outre une récompense toute spéciale et significative. Chaque colis insérant une carte postale accusé de réception, avec verso réservé à la correspondance, 95 % de ces cartes apportent au comité, l’impression des soldats du front et surtout l’expression de leur reconnaissance. Magnifique résultat moral qui remplit de satisfaction l’âme de tous ceux qui ont contribué à l’obtenir.

 

Il faudrait pouvoir reproduire toute la correspondance reçue à cette occasion, pour que pleinement en ressorte, tout le naturel et le charme qui en émanent. Nous nous contenterons de relever quelques phrases qui renseignent sur la façon dont on été accueillis colis et mandats. Ces expressions, pour les organisateurs, sont la plus belle récompense et le meilleur encouragement à la pour suite de leur œuvre.

 

Un mot d’abord revient dans toutes les cartes, et c’est celui que nous signalons tout d’abord « MERCI ». 

 

Certes le comité s’attendait à ce mot bien naturel de la part de celui qui reçoit, mais ce mot « MERCI » est présenté bien souvent de façon si originale, si naïve, ou même si émue. Merci où l’on trouve toutes les notes de la gamme de la reconnaissance, avec variantes de « grand plaisir » - « agréable satisfaction » - « je ne m’attendais pas » - jusqu’au « vous pouvez renouveler » et même « merci de tout mon cœur ».

 

Ensuite on félicite pour la composition du colis.

 

Citons : « A passer en revue, tout ce qui s’y trouve, on voit qu’on a à faire à des anciens qui s’y connaissent »

« Vous avez apporté votre expérience pour savoir offrir ce qui est de première nécessité aux combattants.

« Seuls ceux qui ont connu les heures douloureuses de 1914-1918 et qui connaissent les besoins du soldat en campagne étaient capables de concevoir et d’organiser une œuvre telle que la vôtre ».

« Vous anciens vous comprenez bien les besoins du soldat ».

« Grâce à votre initiative, le petit soldat aura beaucoup de plaisir à ouvrir son colis et y puiser ce dont il a besoin ».

« Colis (dit l’un) des mieux assortis et des plus utiles, les lainages arrivent juste à point ».

 

Puis exprimée la joie du colis reçu, c’est la fierté d’être d’une cité où l’on sait s’entraider :

 

« Votre geste a été remarqué des copains, car il est le premier de ce genre arrivé dans ma compagnie ».

« Tous mes copains ont été émerveillés de voir l’initiative des Halluinois, c’est la première société du Nord qui fait çà pour ses enfants ».

« Je suis le premier à recevoir un colis des anciens combattants ».

« J’ai pu par cette occasion faire voir aux copains, l’esprit de camaraderie qui anime les Halluinois ».

« Dans les temps difficiles, on peut toujours compter sur la générosité des Halluinois ».

« Les copains qui sont de Roubaix-Tourcoing étaient étonnés de voir que les combattants de la grande guerre se chargeaient si vite des jeunes ».

« J’ai montré le colis, on m’a dit : Eh bien, mon vieux chez toi, il y a de chics types ».

 

On trouve aussi des félicitations et d’agréables constatations.

 

«Félicitations pour la belle initiative ».

« Entr’aide et solidarité ne sont pas de vains mots à Halluin ».

« Cela nous fait plaisir de savoir qu’il y a dans notre ville des gens qui s’occupent de nous, et ne nous abandonnent pas ».

 

Parlons aussi du résultat moral. On insiste à maintes reprises sur tout le réconfort apporté. On parle de :

 

« Nos généreux donateurs qui ont si hautement saisi l’immense réconfort qu’ils pourraient apporter aux troupes ».

«  Le moral est meilleur quand on sait qu’à l’arrière, nos compatriotes se chargent de vous rendre service ».

« Je n’avais jamais douté de votre fraternelle camaraderie, mais en recevoir une telle preuve procure de la joie ».

 

Maintes fois des sentiments bien fraternels sont exprimés :

 

« Je pense que ce colis fera plaisir à tous les autres soldats ».

« Je veux croire qu’un grand nombre, sinon tous, de nos camarades mobilisés en profiteront ».

 

Tout naturellement, les sentiments patriotiques s’expriment librement, mais c’est surtout l’exemple de ceux de la grande guerre, que l’on veut suivre. Citons au hasard :

 

« Nous ferons notre mieux pour être vos dignes successeurs ».

« Nous serons dignes de nos pères ».

« Etre digne de nos anciens ».

« Jeunes et vieux, unis pour être forts, etc… ».

 

Cet exposé pourrait être prolongé à l’infini, car plus de 1200 correspondances attestent du résultat obtenu.

 

Hélas, l’activité débordante du comité d’entraide subit un arrêt fatal du fait de l’arrivée des troupes allemandes, et de l’exode d’une grande partie de la population.

 

Le 17 mai 1940, le canon tonne à proximité de la ville. On sent l’arrivée de l’ennemi. Le magasin du comité contient encore près de 20.000 francs de marchandises diverses, menacées d’être pillées à tout moment.

 

Le président Henri-France Delafosse prend alors l’énergique résolution, en même temps que la responsabilité de liquider le plus rapidement possible ce stock, destiné primitivement à la confection des colis. Sa liquidation a lieu les 20 et 21 mai au cours d’une distribution, faite gracieusement, à toutes les familles des mobilisés halluinois.

 

Opération ratifiée par l’unanimité des membres présents à l’assemblée générale du 24 novembre 1940.

 

Mais à l’actif du comité, reste une somme de 70.923 francs que M. Pierre Defretin, vice-président et trésorier général, évacue en zone libre, avec la conviction première de poursuivre l’activité du comité, en toute liberté d’action. Les évènements, hélas, ne réussissent qu’à l’isoler complètement de ses collaborateurs, et à priver momentanément l’œuvre de l’intégralité de son disponible.

 

M. Maurice Toulemonde, second vice-président, se trouve également écarté de toute activité, en zone non occupée.

 

Cependant, l’un et l’autre arrivent à donner de leurs nouvelles. Pierre Defretin, en particulier, écrit au président, en lui offrant de lui adresser son encaisse, si un moyen se présente à la réalisation de cette opération. Il ne tarde pas à être trouvé, et en novembre 1940, par un jeu de compensation, le président Delafosse se trouve avoir à sa disposition une somme de 65.000 francs.

 

Conformément aux instructions communiquées à M. Defretin, et en accord avec le bureau du comité, la somme de 5.923,05 francs qui lui reste, est destinée à venir en aide aux soldats halluinois, maintenus en activité en zone non occupée. Un mandat de 50 francs est adressé à chacun d’eux par les soins de Pierre Defretin.

 

Nanti à nouveau de ses disponibilités, le bureau du comité se réunit, et prend la décision d’accorder aux familles des soldats « Morts pour la France », un allocation de cent francs. M. Achille Descamps est chargé de cette délicate mission. Il s’en acquitte sans retard en apportant dans chacun des 22 foyers éprouvés par la perte cruelle d’un de leurs membres, ce léger pécule, mais surtout des paroles de consolation et de réconfort.

 

C’est ensuite vers ceux de leurs concitoyens, qui souffrent dans les camps de captivité, que le bureau de l’œuvre décide d’intervenir. Il décide l’affectation de la totalité de ses ressources, au soulagement de leurs misères.

 

Un recensement bien vite établi accuse un total de 869 prisonniers dont les familles sollicitent les faveurs du comité.

 

L’envoi de colis ne semble plus possible. L’approvisionnement en marchandises nécessaire s’avère irréalisable. C’est en conséquence par une subvention aux familles, que le bureau de l’œuvre entend poursuivre ses bienfaits.

 

Cette subvention fixée d’abord à 50 francs par prisonnier, est ensuite porté à 55 francs, en raison d’un don correspondant à cette majoration, qu’un généreux anonyme apporte au président.

 

Une permanence portée à la connaissance du public, est donc établie, et durant toute un semaine, dans un ordre parfait selon les indications données, cette répartition se fait à la satisfaction de tous les bénéficiaires.

 

En supplément des 55 francs, un lot de 200 paires de chaussettes de laine, et un autre de 450 mouchoirs, sont répartis entre les familles de prisonniers chargés d’enfants.

Ces deux répartitions coûtent à l’entraide une somme de 49.995 francs, réduisant ses disponibilités à 21.827,85 francs.

 

Les choses en sont là, et le désir unanime de tous ceux qui ont contribué au succès de cette œuvre, est de pouvoir la continuer, tant que leurs concitoyens souffriront dans les camps de captivité. C’est à eux seuls que désormais, le comité entend réserver ses bienfaits.

 

A partir d’août 1940 toutefois, l’acheminement des colis pour les prisonniers est à nouveau possible. C’est le ravitaillement général qui, par les soins du comité central, pourvoie désormais à l’approvisionnement nécessaire. Le prix des divers produits est de plus en plus élevé, tandis qu’augmentent continuellement les frais généraux : transport, manutention, local, emballages, etc… mais rien n’entrave le fonctionnement d’une organisation qui envoie chaque mois un colis d’une valeur supérieure à 125 francs (pour une participation des familles de 75 francs).

 

Cette organisation exigeait un dévouement inlassable et obscur de la part de Mme Deleurence, Mlles Dervaux, Rolande D’Halluin et Messieurs Achille Descamps, Camille D’Halluin, Paul Desbuquois, Jules Descamps, Emile Lernould, Firmin Gombert, Henri-France Delafosse, Stanislas Sion, Paul Parent, Julien Verhulst, Léon Vandewalle, Paul Delangre, Edouard Penasse, Alfred Couzineau.

 

C’est par milliers de francs qu’il faut trouver chaque mois. Chacun  rivalisant de talent et de générosité, les sociétés locales organisaient des fêtes, comme les " Archers de Saint-Sébastien" et "L’Union Olympique Halluinoise" au Cercle Catholique de la rue de la gare, la douane avec le concours des « Madelons » où la générosité des spectateurs répondit aux talents des artistes et au dévouement des organisateurs.

 

 

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 1943 : Banquet de l'UNC et des douaniers,au profit du colis des prisonniers de Guerre.

 Le personnel bénévole de service (Groupe "Les Madelons") est mis à l'honneur.

 Au 1er rang assis de G.à D. : X, Jules Menet, Robert Demunck, Georges Tack, Albert Lannoy.

 Debout 1er rang : "Les Madelons" en blanc... Anna Descamps, Solange Nollet, Denise D'Huyvetter,

 Marie-Antoinette Danset (Présidente) Berthe Descamps Blanche Vandeborre, Flore Demeestère.

 Debout 2ème rang : Thérèse Demeestère, Ghislaine Defretin, Jeanne-Marie Graye, Marguerite Sion,

 Thérèse Joncquiert, Jacqueline Defretin, Geneviève Graye.

 (photo n° 2002) 

 

Dans le Journal Municipal de Novembre 1943...

 On peut lire notamment ceci :

 

"Les Halluinois prisonniers reçoivent chaque mois un superbe colis du comité d’entraide. Ce colis, si apprécié des familles qui se trouvent impuissantes à trouver ce qu’elles voudraient tant expédier à leur absent, l’est davantage encore de la part de celui, dans son kommando lointain, reçoit avec joie toujours nouvelle, ce paquet vite reconnu de loin à son empaquetage minutieux ; lourdement chargé, composé avec tant de variété, il lui rappelle, avec la tendresse des siens, l’affection de ses compatriotes : cette volonté que tous les Halluinois entretiennent fidèlement de soulager la captivité de ceux qu’ils attendent tous les jours.

 

Quand vous reviendrez parmi nous, chers prisonniers, vous vous souviendrez, n’est-ce pas, de cette affection de vos compatriotes ! Et de s’être aimés dans l’épreuve, le goût de l’union nous restera bien. Avec cette conviction que ce qui nous sépare parfois n’est vraiment rien devant ce qui toujours nous unit. Les hommes de bonne volonté n’auront jamais fini d’établir la Paix dans le monde… Halluin en compte assez pour l’espérer au moins dans sa cité ardente. Un de nos vieux flamands ne disait-il pas jadis : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ! ».

 

Chacun trouvera justifié un hommage rendu ici aux dévouements inlassables qui se dépensent généreusement depuis plus de quatre ans".

 

En 1943, voici quelques noms d’autres membres qui formaient le comité d’entr’aide : Anna Descamps, Marie-Antoinette Danset, Jacqueline Defretin, Flore Demeestere, Geneviève Graye, Thérèse Demeestere, Thérèse Joncquiert, Célina Vuylsteke, Jean-Marie Graye, Jules Menet, Alfred Maret, Jean-Marie Vandewoestyne, Berthe Descamps, Solange Nollet, Julien Verhaeghe, Robert Verhulst, Roger Boudry, Maurice Trachez, Nestor Verhaeghe, Julien Demeestere, Maurice Gheysen, Charles Lesage, Lagrou,  Achille Meeuros, Roger Boudry, Anaïs Menet, Degrande, Marcel Creupelandt, Julien Demeulenaere, Georges Tack, Albert Lannoy, Roger Saver.

 

Complètement méconnu par les Pouvoirs Publics, en but aux sarcasmes de certains esprits malveillants, mais bénie par toute une population, l’entr’aide aux combattants halluinois n’en a pas moins poursuivi sa tâche,  donnant à ses dirigeants la seule, mais aussi la plus belle des satisfactions, celle du devoir accompli.                                                                              

 

                                                                                                                                                                                                                                 Daniel DELAFOSSE

Ce document a été rédigé grâce aux  documents originaux de M. Henri-France Delafosse.

 

12/9/2011

Commentaire et Photos : Daniel Delafosse