:

 

alt

Projectionnistes du cinéma "le Régent",

 situé au n° 15 rue Gustave Desmettre :

 Jérome Gryson, à gauche, et Noël Mahieu.

(Photo n° 2393)

 

Il était une fois le Cinéma Halluinois, 

 de 1919 à 1989... (1/2). 

 

Agé de 91 ans, le cinéma halluinois se porte bien. Il a pourtant traversé de nombreuses difficultés depuis sa naissance en 1919, rue des Ecoles,  notamment au début des années 60, le cinéma halluinois bat de l’aile. Petit à petit, les salles ferment leur porte, et ce n’est qu’en 1979, que l’ancien Familia renaît de ses cendres.

 

Daniel Delafosse, passionné de cinéma, nous donne l’occasion de découvrir ou de redécouvrir ce passé de la « cinémathèque halluinoise » :

  

Le premier cinéma , installé à Halluin, était situé rue des Ecoles en 1919 (aujourd’hui rue Gustave Desmettre). A cette date, une association d’amis, parmi lesquels MM. Leman et Decottignies créa « La Brasserie des Familles » ; cette salle pouvait accueillir trois cents personnes. Elle était encastrée entre deux cafés et une bourloire. Très vite, cette association céda l’affaire à MM Henri Naeye et Surmont, ce dernier laissant la place seule à M. Naeye en Juin 1924.

 

« La Brasserie des Familles » était le nom officiel du cinéma, mais la sortie de cette salle donnait sur le café voisin « Chez Olivier « , et rapidement l’habitude fut prise de dire : « Je vais chez Olivier ». Le café disparaîtra, mais le nom restera.

 

Le cinéma muet attirait alors la grande foule. C’était une révolution, et le cinéma halluinois n’avait alors comme concurrent que celui de Menin-Baraques, appelé « Bucksom ». A cette époque, on se déplaçait fort peu, et il n’était pas question de craindre la concurrence des grandes villes.

 

Le bruitage des films muets nécessitait l’emploi d’instruments divers. Ainsi, lors de la sortie du fim « La grande parade » (le premier long métrage sur la grande guerre 14-18) divers artifices furent employés : des roues en fer imitaient le bruit des camions et des chariots, une grosse caisse celui des détonations du canon ; il y avait en plus, un orchestre composé d’un pianiste (Ernest Debock ou Nadia Vandewattyne)  et d’une violoniste (Mme Splete-Boussemaert). Pour les grands films, l’orchestre était renforcé d’un saxo (Ernest Lioen) et parfois d’une chanteuse, ce qui fut le cas lors du passage du film « Les bateliers de la Volga ».

 

Le second cinéma à voir le jour fut le "Familia" installé en 1928. Cette salle était spacieuse et permettait d’accueillir cinq cent soixante personnes. Les deux salles halluinoises avaient leur clientèle particulière et fidèle ; elles traversèrent sans trop de mal les crises durant les années 1930-31 et 1932, dues au lancement de la T.S.F.

 

C’est à ce moment-là que l’apparition du cinéma parlant assura une reprise en force. Le premier film parlant projeté à  « La Brasserie des familles », « Le chant du marin » fit salle comble ; c’était la période où il y avait six et sept séances par semaine, le mercredi étant le seul jour de fermeture. Les débuts du parlant sont cahotants pour M. Naeye, le propriétaire, et des effets comiques en découlaient parfois :

 

« A l’époque, les films étaient plus fragiles car inflammables, et prenaient souvent feu. Au collage, cela faisait souvent un petit bout de film en moins. Or, les premiers films parlants étaient accompagnés de disques 78 tours qui, eux, restaient intacts, figés dans la rapidité de leur matière. Cela donnait des effets de désynchronisation plutôt cocasses ».  

 

Il y eut une nouvelle chute des affaires en 1936 et jusqu’à la guerre, au cours de laquelle les salles furent pleines à chaque séance, car il n’y avait pas d’autres distractions. Mais les contraintes deviennent plus réelles : le choix du film évidemment, et le nombre de films proposés. Jusqu’alors les spectateurs avaient droit à deux films par séance… ils n’en auront plus qu’un. Les actualités « propagandistes » sont imposées. C’était aussi le moment où le guetteur se trouvait à l’entrée de la salle pour alerter les jeunes en cas de l’arrivée des Allemands.

 

Après la guerre fut votée la loi d’aide au cinéma, qui permettait de ristourner jusqu’à 80 % des taxes, à condition que les propriétaires des salles embellissent leurs installations et améliorent leur système de sécurité. Les deux salles locales profitèrent pleinement de cet avantage. Dans les années cinquante, le cinémascope fait son apparition et oblige M. Naeye, de « Chez Olivier » à agrandir l’écran et la salle, dont la contenance fut portée à six cent cinquante places !

 

Profitant des transformations, M. Naeye a rebaptisé la salle, elle s’appellera désormais « Le Régent ». Toute la famille participe à l’exploitation. Un des fils est opérateur, l’autre place les spectateurs, la belle-fille vend les confiseries pendant l’entracte. Dans le même temps, une troisième salle vit alors le jour, rue Marthe Nollet : le cinéma « Jean Fiévet » avec plus de cinq cents places. Son directeur en était M. Gustave Staes, alors enseignant à l’école du Sacré-Cœur. Ce cinéma fut créé dans la salle de cet établissement, en vue de financer les Ecoles Libres.

 

Pendant plusieurs années, les trois cinémas furent bien équipés avec une capacité globale de plus de mille cinq cents places, et dans chaque salle cinq ou six séances étaient données par semaine, avec une qualité de programmes excellente. Cette époque de prospérité va se poursuivre jusqu’en 1960, car bientôt les premières grosses difficultés apparaissent ; le coup dur est donné par la suppression de la loi (Malraux) d’aide en Décembre 1959.

 

Les directeurs des salles qui ont établi leur budget en fonction des ristournes se trouvent alors dans une situation difficile. On entre alors dans une autre ère : les moyens de communications se multiplient, les loisirs changent, la télévision a bouleversé la vie des familles, les petites sociétés de cinéma disparaissent au profit des plus grosses ; une page va être tournée définitivement.

 

En juillet 1964, le cinéma « Jean Fiévet » ferme ses portes. Cette disparition n’améliore pas cependant la situation des deux autres salles, et la dégringolade se manifeste avec la prolifération des récepteurs de télévision ; le nombre de séances diminue peu à peu et la clientèle se fit de plus en plus rare. Où était alors le temps où « Monsieur Vincent » et « Les dix commandements » (qui battirent tous les records de recettes au « Régent ») ne permirent pas à tous les amateurs d’assister aux séances, car il était inutile de se présenter à ce cinéma le samedi soir ou à la séance de 17 h le dimanche sans avoir retenu sa place ?

 

Le 15 septembre 1966, le "Familia" ferme à son tour ses grilles. L’exploitation des bâtiments et l’entretien sont une charge trop lourde pour la société des syndicats libres : SEDOP qui dirige et gère le cinéma. Cette société décide de vendre les locaux, et ceux-ci seront repris par la ville. Ce fut « un gros morceau » à digérer, et qui marquait, sans aucun doute, la fin de l’âge d’or du cinéma. « Le Familia » c’était une salle importante, qui avait connu un grand succès, un des deux grands du cinéma halluinois qui avait tenu envers et contre tout, souvent au-delà de ses forces. Entre temps les salles de Menin connurent le même sort, notamment le « Bucksom » principal concurrent à la frontière.

 

La société Naeye cessera l’exploitation du « Régent » le 31 décembre 1967. Cette société ne cessera pas ses activités par manque de fréquentation, au contraire, mais la suppression de la loi d’aide aux petites exploitations, ayant été déviée vers les M.J.C. par la loi Malraux en 1959, ne permettait plus d’envisager de nouveaux investissements indispensables (hall d’entrée, fauteuils etc).

 

« Le Régent » sera mis en location gérance au circuit « Casino »  de Roubaix, jusqu’au 31 décembre 1970, date à laquelle le premier et dernier cinéma local ferme définitivement ses portes ; il aura vécu cinquante-et-un ans ! Ce cinéma restera longtemps rideaux baissés, avant d’être transformé en entrepôt commercial.

 

Dès 1973, l’administration municipale en place, lança le projet de l’aménagement de l’ancien cinéma « Le Familia », tombé en désuétude, en salle polyvalente, permettant d’accueillir les spectacles les plus variés : musique, danse, cinéma, théâtre, conférences etc.

 

Après six années de démarches en tous genres, cette réalisation aboutissait, et le 2 juin 1979, M. Albert Houte,  maire, inaugurait ce nouvel équipement culturel ; quelques jours auparavant, le Dimanche 13 mai 1979 à 15 h, quatre vingts personnes assistèrent à la toute première projection d’un film, en l’occurrence « Le Distrait » avec Pierre Richard.

 

Pour un investissement total de 3 Millions de F, Halluin possédait, à nouveau, une salle d’une jauge de 330 places, dotées de sièges fixes, pouvant accueillir une programmation cinématographique élargie, grâce à trois types d’appareils 35 mm, 16 mm, super 8 intégrés à la cabine de régie.

 

Dès lors, la Municipalité et l’Office culturel halluinois étudièrent chacun de leur côté, la possibilité de programmer des séances hebdomadaires de cinéma ; dans cette recherche, il fallait tenir compte du caractère polyvalent de la salle qui devait rester disponible pour d’autres formes de spectacles, et au service des associations locales. Des démarches entreprises auprès du Centre National du Cinéma et des distributeurs de films, permirent de prendre un certain nombre de dispositions en accord avec l’office culturel halluinois.

 

Cette association emmenée par l’adjoint au maire M. Oscar Crombez, expérimenta pendant deux ans la nouvelle salle auprès des halluinois, ce qui permit l’ouverture officielle, tant attendue, d’un cinéma classé dans la catégorie « Art et Essai », le Jeudi 7 janvier 1982  sous la présidence de M. Henri Leveugle maire, avec la présentation du dernier James Bond de l’époque : « Rien que pour vos yeux ».

 

L’animation de la première commission cinéma de l’office culturel fut confiée à M. Jean Tierrie, qui, en liaison avec M. Paul Lerible responsable du service municipal sports loisirs culture, s’occupèrent de la sélection et de la gestion du nouveau cinéma halluinois ; quant au poste de projectionniste, ces fonctions incombaient à M. Jean-Luc Delafosse.

 

Ainsi donc, les halluinois avaient de nouveau la possibilité de voir directement dans leur localité, pour un prix raisonnable, dans des conditions de confort excellentes, les films récents qu’ils devaient depuis 1970 aller visionner ailleurs.

Très vite, un public fidèle retrouva le chemin de la salle du Familia. Pendant huit années, M. Paul Lerible assura la responsabilité de gestionnaire du cinéma, aidé en cela par quelques bénévoles, notamment M. Gustave Dassonville contrôleur placier...

 

(A suivre  :  Il était une fois le Cinéma Halluinois...  de 1990 à 2010 -  2/2).

 

25/2/2011.

Commentaire : Daniel Delafosse