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Culture

03871

L'Harmonie des  Travailleurs, précédant le cortège
 des organisations sociales chrétiennes,
 qui passe dans la rue Neuve
 (actuellement la rue Arthur Houte),
 en face des maisons construites
 par la sté coopérative "Le logis Familial".  
 (photo no 3871)

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Clique Scolaire en 1934-35, dans la cour de l'ancienne Mairie,

rue Abbé Bonpain, actuelle caserne des pompiers.

       Au centre (dernier rang), le Maire M. Gilbert Declercq.        

 (Photo n° 2991)

 « Halluin La Rouge » 1919 – 1939 – Historique.

Un récit de Dominique Vermander.

L’histoire d’Halluin, entre les deux guerres mondiales, est rythmée par l’ampleur et la fréquence des conflits sociaux ainsi que par l’âpreté des luttes syndicales. L’originalité de cette commune ne s’arrête cependant pas là.

Halluin la Rouge, « ville sainte du communisme » écrit Maxence Van Der Meersch, constitue un symbole au sein d’une région qui est l’un des principaux bastions de la S.F.I.O. En effet, constamment réélue, la municipalité communiste engage toute une série de réalisations sociales et tente de populariser les grands thèmes de politique générale.

Une Municipalité Communiste.

Le Conseil Municipal : Les élections municipales de 1919 sont un succès pour les Socialistes. La différence de voix entre les deux listes qui s’affrontent est minime ; elle permet toutefois d’élire le 11 décembre un Conseil Municipal avec Gustave Desmettre comme maire, Lauridan et Verkindère comme adjoints. En 1920, tous ces militants adhèrent à la Troisième internationale, malgré l’opposition de V. Vandeputte qui doit quitter Halluin.

Lors des élections de 1925 à 1929, la présence d’une liste socialiste (S.F.I.O.) empêche la victoire de la liste communiste au premier tour. Mais en 1935, succès inespéré : le parti communiste obtient 57 % des suffrages, bien que, pour la première fois, des ouvriers chrétiens se soient engagés politiquement.

Sur un document postérieur à 1925, le conseil municipal au grand complet est photographié dans la cour de la Mairie.  On peut y reconnaître quelques-uns des principaux militants politiques et syndicaux. Autour de Gustave Desmettre sont assis, à sa gauche, Gilbert Declercq, et à sa droite, Jean Verkindère et Victor Dereus. Immédiatement en arrière, se tiennent debout Gustave Casier, qui deviendra Maire d’Halluin à la Libération et Emile Bostoen.

Gustave Desmettre, un ancien manœuvre qui bénéficie d’une grande popularité, demeure à la tête de la municipalité jusqu’en 1935. Il est aidé par de nombreux militants tels F. Grenier, employé de mairie, Emile Bostoen et Gilbert Declercq. Ce dernier, devenue Maire d’Halluin après le décès de Gustave Desmettre, est ensuite élu en 1936 député communiste de la 9ème circonscription du Nord.

 

Les Réalisations Sociales : La nouvelle municipalité met de suite en application les principes communistes. Elle engage donc une action directe auprès de la population, soutient au maximum les revendications ouvrières et prévoit le développement des œuvres sociales.

Ses interventions sont extrêmement diverses. Elles consistent d’abord en des subventions allouées aux chômeurs grévistes, en des aides aux personnes âgées (colis, dégrèvements d’impôts). En même temps, le conseil municipal organise l’assistance médicale gratuite, le camp de vacances pour les Jeunes. Plus du tiers du budget communal est ainsi consacré à ces tâches.

 

Parmi les autres réalisations importantes, à mettre à l’actif de la municipalité communiste, sont à signaler les constructions de l’école Jules Guesde rue de la Lys, les bains-douches rue de Lille, le dispensaire rue des Ecoles et l’aménagement du jardin public auquel furent employés des chômeurs.

L’Action Politique : L’œuvre éducative va de pair avec la propagande. Des conférences, des représentations cinématographiques ont lieu à la Maison du Peuple, une bibliothèque est mise à la disposition de la population. Bien plus, on favorise la diffusion des grands thèmes nationaux du parti communiste : antifascisme, réformes sociales, soutien au droit des peuples, représentation proportionnelle.

Lors des grèves, l’ensemble du Conseil Municipal participe activement à la lutte. Il se charge de transmettre à la préfecture les revendications de la C.G.T.U. ou du comité des chômeurs ; il émet des « vœux », propose des solutions aux conflits ou encore demande le retrait des forces de l’ordre et la remise des pouvoirs de police au Maire.

La solidarité ouvrière et politique se manifeste également à l’égard des autres régions ou d’autres pays. Une aide concrète est apportée au Front Populaire espagnol. Des vivres et des vêtements sont collectés et de jeunes militants s’engagent dans les Brigades Internationales.

On voit sur un document un camion en voie de chargement à proximité de la Maison du Peuple. Le tableau porte l’inscription : « Le 29 juillet 1938. Le camion part avec 5.000 kg de marchandises. Valeur 50.000F. Vive Halluin. Vive l’Espagne ».

Les Elections Législatives : Pour le parti communiste, toute élection législative revêt une grande importance. La 9e circonscription du Nord, dont fait partie Halluin, est l’un des rares secteurs où il peut espérer l’emporter, alors qu’ailleurs l’implantation de la S.F.I.O. est trop forte.

De 1902 à 1936, le candidat constamment réélu est Monsieur Grousseau, Professeur de Droit à la Faculté Catholique de Lille. Membre de l’Action Libérale Populaire, groupe parlementaire fondé en 1901 afin de rassembler des Conservateurs ralliés à la République, celui-ci est un défenseur acharné de la cause catholique. Le 21 avril 1914, le « Réveil du Nord » l’appelle « l’Homme du Pape au Palais Bourbon ».

 

En 1928 et 1932, les communistes, à la différence des socialistes de 1914 maintiennent au second tour leur candidat et permettent indirectement la victoire de Monsieur Grousseau. Mais en 1936, Gilbert Declercq, Maire d’Halluin depuis une année, enlève la circonscription grâce à l’unit » issue du Front populaire. Plus que les évènements de politique générale, la crise économique et l’action engagée en faveur des chômeurs expliquent ce succès.

Après un moment de recul relatif entre 1928 et 1932,  période pendant  laquelle le pourcentage  des  voix  obtenues  aux  différents  scrutins  tombe de 54 à 48 %, le Parti Communiste a donc largement reconquis son audience auprès des ouvriers halluinois. Les fautes tactiques commises lors des grèves de 1930 et 1931, les critiques avancées par les socialistes et les démocrates chrétiens sont momentanément oubliées.

C’est d’ailleurs à l’occasion de cette élection législative de 1936 que le parti communiste d’Halluin obtient le meilleur score, 2263 voix et 58 % des suffrages. Ce pourcentage record dépasse légèrement celui des élections municipales de l’année précédente, où il avait obtenu 2141 voix et 57 % des suffrages exprimés.

Les Conflits Sociaux.

Pleinement soutenu par une municipalité communiste, le Syndicat unitaire (C.G.T.U.) mène un combat virulent contre le patronat d’Halluin. L’industrie textile, qui est le véritable baromètre de la vie économique de la ville, connaît en effet des difficultés. A une première phase de reprise et d’expansion (1919-1928), a succédé une période de régression continue. Grèves et actions revendicatrices sont donc plus nombreuses avant 1930 et certaines d’entre elles vont étendre, bien au-delà de la région, la réputation d’Halluin « ville rouge ».

Les Mouvements Revendicatifs : La fréquence des grèves et des mouvements revendicatifs est telle qu’il est impossible de les évoquer tous. En 1924, l’ « Enchaîné » en dénombre 104 pour les cinq années précédentes.

A titre indicatif, on peut citer ceux de :

1921 : grève générale du textile.

1923-24 : divers mouvements notamment dans les teintureries.

1925-26-27 : grèves multiples aux Etablissements Dufour, Sion, à la Cie Française de caoutchouc.

1928 : 1er mars – 1er juin « conflit Sion ».

1928-1929 : grève générale des « Dix Sous ».

1930 : nouvelle grève générale aux mois d’août et de septembre.

1931 : différents conflits dans le textile.

1932-1933 : des arrêts de travail.

1936 : grèves et occupations d’usines.

1938 : lutte contre les décrets-lois.

Une photo montre un groupe de grévistes parmi lesquels les femmes sont très minoritaires. Ils écoutent un leader syndical venu les haranguer. Le port de la casquette est pour l’ouvrier le signe distinctif qui l’oppose à tous ceux qui portent un chapeau, généralement d’une classe sociale supérieure à la sienne.

Les Manifestations : Les manifestations sont chose courante à Halluin. La C.G.T.U. et le parti communiste invitent les ouvriers, notamment lors des grèves, à exprimer publiquement leurs revendications et à montrer leur force.

Ces rassemblements sont parfois de nature plus politique que syndicale. Ainsi, le dimanche 20 septembre 1925, une « contre-manifestation prolétarienne » répond à l’inauguration d’un monument aux morts, réalisé grâce à des souscriptions privées. Selon l’Enchaîné, « 8.000 travailleurs défilent en rangs serrés, réclamant la paix au Maroc et souhaitant une grève générale de 24 heures pour soutenir leurs revendications ».

Pour prévenir tout incident, la rue du Moulin, qui conduit au monument aux morts, est barrée par un groupe de gendarmes à cheval. Ce face à face « manifestants-gendarmes » était un fait familier pour les Halluinois de cette époque.

Le Rôle du Consortium Textile : Les rapports entre syndicats ouvriers et organisations patronales sont généralement tendus. Les syndicats chrétiens recherchent très souvent un compromis, mais les Unitaires se montrent plus intransigeants et durcissent les conflits.

Face à ces mouvements de grève, les patrons halluinois tentent d’abord de créer une association l’Union Industrielle d’Halluin (1923-1924) puis lors du conflit Sion, décident de se joindre au « Consortium textile » de Roubaix-Tourcoing.

Ainsi à partir de 1928, le véritable adversaire des syndicats est Désiré Ley, celui-là même qu’un dimanche de mars 1924, un vaste cortège organisé par la C.G.T.U., avait solennellement « brûlé » en effigie sur la place Jean Jaurès. Cet ancien ouvrier, issu d’une famille modeste, est devenu le véritable maître du Consortium et exerce, pour les syndicats, une sorte de « dictature » sur les quelques 350 usines textiles de la région.

Sous couvert de paix sociale, Désiré Ley tente de discréditer les syndicats ainsi que leurs représentants. A cette fin, il utilise les divisions ouvrières, use de la rivalité entre Chrétiens et Unitaires, comme l’indiquent  des « Notes Confidentielles ».

Le Conflit Sion : Le 1er mars 1928 éclate aux Etablissements Sion un conflit très dur, qui devait persister au 1er juin de la même année. Son déclenchement a pour origine une diminution réelle du salaire des tisserands, lesquels étaient obligés de travailler avec des textiles de mauvaise qualité. Les communistes menacent de cesser le travail ; les chrétiens, hostiles à une action immédiate, recherchent la concertation.

Une fois déclenchée, la grève donne lieu à une diatribe violente. Entre les deux tendances syndicales, c’est la lutte ouverte. Pour la C.G.T.U., les syndicats chrétiens trahissent la cause des ouvriers. Pour la C.F.T.C., les syndicats unitaires veulent obtenir le monopole. Un affrontement est donc prévisible, mais l’entrée de M. Sion au Consortium textile bouleverse les données.

Face à Désiré Ley, qui a reçu plein pouvoir et veut écraser le mouvement syndical à Halluin, la lutte devient inégale. La position des syndicats chrétiens est intenable puisque ceux-ci sont mis en accusation aussi bien par les communistes que par D. Ley. Le Secrétaire de l’organisation patronale entretient à merveille ces suspicions à l’égard de ceux qu’il appelle toujours  les « Démocrates-Chrétiens ».

La Grève des « Dix Sous ».

Nombre de grèves ont eu un retentissement régional et les industriels du Textile redoutent la contagion halluinoise ; La grève dite des « Dix Sous » est à ce titre, exemplaire. Celle-ci succède immédiatement au Conflit Sion, qui a eu lieu entre le 1er mars et le 1er juin 1928. Elle dure du 20 septembre 1928 au 1er avril 1929 et voit s’affronter un Patronat résolu et un Mouvement ouvrier extrêmement combatif, mais une fois encore, divisé. Assurément un échec pour les ouvriers halluinois, cette grève marque un tournant dans l’histoire sociale d’Halluin puisque la C.G.T.U. en sort affaiblie.

 L’Origine du Conflit : La grève des Dix Sous ainsi dénommée parce que les ouvriers réclamaient 0,50 F de l’heure, a pour origine l’intransigeance du patronat ou plus exactement celle du secrétaire du Syndicat Patronal de Roubaix-Tourcoing, Désiré Ley.

Pour les syndicats textiles de la région, il est alors indispensable d’obtenir une augmentation importante du salaire horaire, compte tenu de l’accroissement du coût de la vie. Une action revendicatrice énergique est donc envisagée et préparée sur l’ensemble de la région textile. La grève générale n’est toutefois pas retenue comme absolument nécessaire.

Brusquement la grève prend naissance à Halluin le 17 septembre 1928. Par solidarité avec les mécaniciens qui entretiennent les métiers à tisser, les ouvriers du textile arrêtent le travail et tentent d’entraîner ceux des communes voisines, d’abord dans la Vallée de la Lys, puis à Roubaix-Tourcoing.

Dès ses débuts, la grève est donc rude. Un texte intitulé : « A l’index les affameurs !!! » a été placardé 14 semaines après le début du conflit. Il montre la dureté de ce mouvement revendicatif et la volonté des grévistes de parvenir à arracher quelques concessions au patronat. A cet effet, appel est lancé à tous les ouvriers afin de constituer un « front unique ».

Distribution de Vivres aux Grévistes : Déclenchée à la demande des ouvriers d’Halluin, la grève n’a été que provisoire. Le 10 octobre, le travail a partout repris, sauf à Halluin et dans les deux communes voisines de Roncq et de Wervicq. Toutes trois se trouvent, de  ce fait, isolées. La résolution du Consortium patronal et la réticence de certains syndicats, qualifiés de « réformistes » par les communistes, ont empêché le mouvement de se poursuivre dans les autres cités industrielles.

Pendant six mois, 6.000 à 7.000 ouvriers textiles, dont près de 5.000 à Halluin, mènent un combat difficile. Pour la C.G.T.U., majoritaire, Halluin est la « citadelle » où il faut à tout prix réussir, où il est indispensable d’assurer une victoire éclatante de la classe ouvrière.

Une fois de plus, les syndicats ne peuvent envisager la poursuite de la grève qu’en faisant appel à la solidarité régionale, nationale et internationale. Le problème des secours en vivres et surtout en argent est fondamental. Tant par la C.G.T.U. que par la C.F.T.C., des emprunts sont contractés, des souscriptions sont organisées. Ils permettent de pourvoir à l’attribution de modestes secours financiers et, à la distribution de nourriture.

L’Exode des Enfants : La patience des ouvriers est soumise à une rude épreuve, d’autant que la troupe a été appelée pour appuyer les forces de gendarmerie. Les heurts sont d’ailleurs fréquents avec la police : jets de pierres, coups et barricades.

Les « Jaunes » ou « Briseurs de grève » subissent les brimades d’une population surexcitée par les privations. La nuit, les goudronnages de façades deviennent fréquents. En représailles, les portes de la Maison du Peuple sont recouvertes également de goudron, puis celles de l’immeuble du Consortium.

La répression s’accentue. Aux charges des escadrons de gendarmerie succèdent les arrestations, les expulsions de meneurs syndicaux. Des ouvriers sont condamnés à des amendes ou à la prison.

Devant cette situation, des familles acceptent de se séparer de leurs enfants. Encadré par les Forces de l’ordre fusil à l’épaule, le cortège se prépare à quitter la place Jean Jaurès en direction de la gare. Véritable exode qui indique la volonté de résistance et le courage d’ouvriers halluinois.

La Reprise : 15 Avril 1929 : « Donnez-nous nos dix sous, C’est notre salaire, Messieurs les filous, Donnez-nous nos dix sous »,

Pendant plusieurs mois, ce refrain a résonné dans les rues d’Halluin. Mais les industriels qui ont refait leur unité et créé l’Union Patronale d’Halluin, refusent de céder et donc de continuer « une politique de concessions ».  

La poursuite de la grève devient impossible et il faut bien se résoudre à reprendre le travail. Pour la C.G.T.U. il ne s’agit là que d’une « retraite momentanée ». Pour les syndicats chrétiens, dont beaucoup d’adhérents ont plutôt subi la grève, la reconnaissance par le patronat textile du droit syndical lors de l’usine, interdit de considérer cette grève comme une défaite totale.

Une affiche intitulée : Aux ouvriers et à la population d’Halluin » est la seule qui fut placardée à Halluin par l’Union Patronale et ce, le 18 avril 1929 seulement, soit trois jours après la rentrée en usine. En énumérant l’ensemble des activités sociales auxquelles le Consortium Textile affirme se consacrer, le patronat cherche visiblement à atténuer le ressentiment ouvrier.

L’Opposition Syndicale.

Face aux Communistes, ni les Socialistes affiliés à la S.F.I.O. ni les Conservateurs ne représentent une réelle force d’opposition. En réalité la principale résistance au parti communiste et à la C.G.T.U., provient de l’Union des syndicats libres d’Halluin et environs, dont l’audience n’est pas négligeable auprès des ouvriers. La lutte est certes inégale, mais les militants regroupés autour d’Arthur Houte ne désarment jamais. Il est vrai que le soutien d’un évêque vient, au moment opportun, les confirmer dans leur action.

Toute une génération d’ouvriers, très vite initiés à la doctrine sociale de l’Eglise, ont, dès la fin du XIXe siècle, créé à Halluin et dans ce secteur de la Vallée de la Lys un mouvement social d’inspiration chrétienne.

Au lendemain de la première guerre mondiale, les « syndicats libres » se reconstituent et adhérent à la C.F.T.C. naissante. Ceux-ci se réinstallent d’abord au Foyer Démocratique, rue de Lille, puis à partir de 1927 à la « Maison des Syndicats Libres » rue des Ecoles.

Grâce à Arthur Houte, choisi comme secrétaire permanent, et à bien d’autres syndicalistes tels Gustave et Jules Verkindère, Nestor Saint-Venant, Victor Montagne, Henri Berte et Joseph Declercq existe un syndicat non socialiste mais cependant ouvrier.

Un tract de 1927 intitulé : « Réponse à un prétendu… Groupe de Catholiques », dont la rédaction porte l’empreinte évidente de l’aumônier du Cercle d’Etudes Léon XIII, ne peut se comprendre que dans le contexte de l’époque et par rapport à l’origine du mouvement ouvrier à Halluin.

Les Difficultés : Les syndicats chrétiens sont violemment pris à partie. Par intérêt immédiat ou par besoin de simplification, ils sont tantôt rejetés dans le camp des Unitaires, tantôt considérés comme alliés du patronat.

 

La rivalité est particulièrement vive avec la C.G.T.U. L’opposition fondamentale réside surtout dans les modalités et la finalité des grèves. Pour les uns, celles-ci sont un ultime recours lorsqu’on a épuisé toutes les possibilités de négociations, alors que pour les autres, elles sont  également un outil « révolutionnaire » et un moyen de formation de la classe ouvrière.

Des Libelles circulent ; des injures sont échangées. Aux anathèmes de « sectaires » répondent les cris de « briseurs de grèves ». On dénonce ici l’emprise communiste, la démagogie violente des marxistes ; on condamne là l’esprit conciliateur et le « sentimentalisme » du chrétien.

Etranger à la notion philosophique de « lutte des classes », ainsi que l’indique clairement le tract précédent, les militants chrétiens réclament une plus grande dignité pour l’ouvrier, une meilleure organisation des professions, une diminution de la durée de travail ainsi qu’un relèvement matériel et moral de la famille.

Mieux que toute définition, une formule résume bien l’attitude des syndicalistes chrétiens de l’époque : « Républicain sans être radical, social sans être socialiste, patriote sans être nationaliste, catholique sans être réactionnaire ». Programme ambitieux et peut-être utopique, qui les condamne à être rejetés par l’un et l’autre camp.

 

Un document intitulé :  Trois adversaires du 1er Mai » visait à discréditer Arthur Houte l’animateur des Syndicats chrétiens d’Halluin et de l’Epi. Il est représenté aux côtés de Robert Sion l’un des plus importants industriels de la commune, responsable selon la C.G.T. de l’un des plus durs conflits sociaux, et de Désiré Ley, le secrétaire du Consortium textile qualifié ici de « fripouille ».

Le Soutien d’un Evêque : En 1929, les Syndicalistes chrétiens reçoivent un appui exceptionnel de la part de l’Eglise officielle. Certes l’on savait que le nouvel évêque de Lille était attentif aux questions sociales. En tant que curé-doyen de Tourcoing, il n’avait pas hésité à rappeler au Patronat chrétien ses devoirs et ses obligations. Mais nul ne pouvait s’attendre à voir figurer sur une liste de souscription destinée aux grévistes d’Halluin et publiée par le « Nord social », le nom de Mgr Liénart.  

C’était là sans doute l’un des premiers actes, en tant qu’évêque, d’un pionnier d’une Eglise catholique ouverte au monde. Cette prise de position, ainsi que son attitude à l’égard des ouvriers, devait lui valoir maintes critiques de la part du Patronat. Mais l’élévation au cardinalat de « l’évêque rouge » apportait la caution de Pie XI. Etaient ainsi confirmés dans leur action tous ceux qui, à Halluin et dans toute la région, cherchaient à mettre en pratique la doctrine sociale définie par « Rerum Novarum » et qui avaient à affronter un monde patronal hostile aux « Démocrates Chrétiens ».

Ces évènements eurent un grand retentissement dans les milieux chrétiens de France, dans la mesure où l’autorité religieuse prenait ouvertement parti pour des chrétiens engagés dans l’action syndicale. Il n’est peut-être pas exagéré de dire, comme Pierre Pierrard : « Les grandes grèves d’Halluin en 1929 marquèrent un tournant décisif dans l’histoire du catholicisme social, orienté dorénavant vers la promotion ouvrière ».

 

Les Elections Municipales de 1935 : Depuis 1919, Halluin est devenue pour le parti communiste une « citadelle ouvrière », où les élections lui étaient toujours favorables.

Après une tentative malheureuse, en 1929, leur liste étant qualifiée à tort de liste de Consortium, les chrétiens sociaux se lancent ouvertement dans la bataille municipale de 1935. A leur tête se trouvent Arthur Houte et d’autres militants connus, tous adhérents à la Jeune République.

Les résultats restent très positifs pour le parti communiste, mais font chuter la Droite, qui tombe à 13 % des suffrages ; Les « catholiques sociaux » obtiennent 24 % des voix.

Tentative audacieuse, combien significative de l’état d’esprit et de la combativité de ceux qui refusent d’être les continuels soutiens des Conservateurs. Du moins, ce vote traduit-il assez bien l’influence réelle des Syndicats Libres auprès de la population ouvrière halluinoise.

Figurent sur une photo, prise à l’occasion d’un anniversaire de l’encyclique Rerum Novarum, les principaux syndicalistes chrétiens : Victor Montagne, Arthur Houte, Gustave Verkindère, A. Myngers, Joseph Declercq, Alphonse Houte, J. Verkindère, H. Parmentier, V. Deplanque et G. Vandemelebrouck.

Cortèges et Défilés.

Pendant  les journées de travail, les rues d’Halluin, même les principales, étaient souvent désertes et silencieuses. Mais, certains jours, les pavés mal joints ont résonné sous les pas des grévistes, tandis que retentissaient les clameurs des ouvriers. Au cours de la période d’entre les deux guerres, la plupart des grèves ont, en effet, été marquées par d’imposants défilés.

Sur une photo, le cortège s’avance précédé du drapeau rouge que des militants syndicaux encadrent. La présence d’une forte escorte de gendarmes témoigne suffisamment de la détermination des ouvriers et de la virulence de certaines manifestations.

Sur un autre document, la foule compacte des grévistes et des manifestants, d’où émergent plusieurs banderoles, débouche sur la rue de Lille. A première vue, les participants semblent relativement décontractés, mais les forces de police sont toujours présentes et visibles.

Les années 1914-1918 marquent une rupture profonde de la vie urbaine, non seulement parce qu’une municipalité communiste gère différemment la commune et soutient les nombreux mouvements sociaux, mais également parce que les liens traditionnels avec les autres villes de la vallée de la Lys, ou même les relations privilégiées avec Menin commencent à s’affaiblir.

Ainsi, faute de trafic suffisant, la ligne de chemin de fer vicinal, qui assurait la desserte des communes françaises de la Moyenne Vallée de la Lys, disparaît. Par contre, depuis 1926-1927, Halluin est reliée à Tourcoing grâce à un tramway électrique. Venant de Roncq, celui-ci emprunte en totalité la rue de Lille et vient stationner à proximité du bureau de douane, face à l’immeuble du Consortium. Mais, à la différence du chemin de fer à écartement normal, il n’y a aucun raccordement entre cette ligne et celle qui relie « Les Baraques »  au centre de Menin (Belgique).

Les facilités de déplacement vers Tourcoing n’empêchent cependant pas le maintien d’une certaine originalité. Le poids du passé, les habitudes acquises ou la combativité ouvrière, autant que la position géographique de la commune concourent à maintenir à Halluin une vie urbaine largement autonome et, par bien des aspects, assez originale.

Ces archives sont tirées du livre de Dominique Vermander intitulé : « Un siècle d’histoire ouvrière à Halluin (1840- 1940).

 

2/2/2011.

Commentaire : Daniel Delafosse

02989

Le Cercle Dramatique "L'Avenir" en 1928, et des membres

de la Symphonie "La Prolétarienne".

 au centre, 1er rang, le Maire d'Halluin Gustave Desmettre.

  (photo n° 2989) 

 

"La Prolétarienne" et "L'Avenir"

à la Maison du Peuple d'Halluin. 

 

Au sein de la Maison du Peuple d'Halluin, où les répétitions se déroulaient, il y avait deux sociétés de musique : "La Fraternelle" et "La Prolétarienne".

La symphonie "La Prolétarienne" donnait des concerts de qualité.

Un Cercle Dramatique "L'Avenir" montait également des représentations théâtrales. M. Desseaux était le président de ce cercle.
On y donna : "La Marraine de Charley" et "L'Assommoir".

 

26/1/2011.

Commentaire : Daniel Delafosse

 

 

 

 

02982

"La Fraternelle" devant la Maison du Peuple d'Halluin, en 1972.  

1ère rangée assis de gauche à droite : Gentil Debeire, Dany Persyn, Roland Vandevyvère, André Graye, x,

Debout, on reçonnaît : Albert Gadeyne, Mme André Bouckenooghe, Joseph Vandamme, Huguette Lootens,

 Hervé Nuyttens, Blanche Sinnaeve, Philippe Auvelick, Robert Declercq, Deleu, Roland Deman,

Joseph Kindt, Georges Vanmeerhaeghe, Jean-Pierre Depoorter, Gaby Lootens, Michel Hollebeke.

(Photo n° 2982)

 

L'Harmonie Ouvrière

  "La Fraternelle"... Prémices. 

 

Créée en 1906/1097, la société de musique "La Fraternelle" compte alors 100 musiciens dirigés par M. Georges Vanmeerhaeghe, et M. Roger Vanwonterghem en était le sous-chef.

 

Au début des années 50, on retrouvait notamment les noms suivants : Julien Degrande, Théophile Theys, Jean Paret, Georges Vanmeeraeghe, Polydore Slosse, Jean Vanstenkiste, Emile Degrande, Arthur Samyn, Moerman, Charles Vanmenen, Maurice Lesage, Henri Lignon, Maurice Simoens, Oscar Titeca, Louis Lattré, Joseph Decraene, Rémi Demerlier, Arsène et Prosper Oosterlinck, Joseph Vandamme, Roger Hovaere, Fernand Berard, Maurice Huyghe, Auguste Vanoverberghe, Robert Bruwier, Georges Cornette.

 

 Les musiciens étaient formés à l'école de musique et recevaient les instruments en prêt. La société n'a jamais voulu porter d'uniforme et disparaîtra en 1974. 

Un groupe de musiciens animait "L'orchestre des jeunes" dirigé par M. Vanwonterghem. Il accompagnait aussi les évolutions des "Enfants de Jaurès" ou participait à des bals. Les "sonos" n'existaient pas alors.

 

L'Harmonie halluinoise "La Fraternelle" était une composante importante des manifestations locales et commémorations diverses, durant plusieurs décennies.

Aprés sa dissolution, la plupart des musiciens ont intégré la nouvelle harmonie municipale d'Halluin, mise en place par la Municipalité et créée en septembre 1981.

  

26/1/2011

Commentaire : ARPH - Daniel Delafosse

 

00324

 Cortège de sociétés de musique se dirigeant vers Menin (B),

face aux bureaux de l'agence en douane

Bosteels, rue de Lille, aujourd'hui disparue.

 (photo n° 324)

 

Agence en Douane Bosteels

 à Halluin - Historique. 

 

Aimé Bosteels fonde son agence en douane en 1931 dans un local situé rue de Lille, appartenant à son père César Bosteels, tenancier du café « Au Miroir ». Le premier employé M. Roger Vandenbossche, devient ensuite directeur de l’entreprise.

 

L’expansion du commerce après la deuxième guerre mondiale, favorise ce genre de service et l’entreprise se développe. De plus, les ports français sont inaccessibles et les poissons péchés par les marins français doivent être acheminés par les ports de Belgique (Nieuwport et Ostende).

 

Chaque jour 250 tonnes de poissons et crustacés sont expédiées par chemin de fer vers les halles de Paris. La T.V.A. n’existe pas mais seulement une taxe de 1 %. L’entreprise devient en 1950 une société en nom collectif dont le siège social se trouve au 16, rue de Lille.

 

Avec l’augmentation du trafic, d’autres succursales sont ouvertes dont un bureau au Risquons-Tout et un autre à Paris, rue du Jour, près des Halles, en 1956. En 1957, on crée le bureau de Ghyvelde où le trafic du poisson se déplace en partie.

 

Le 14 septembre 1962 décède M. Aimé Bosteels. Sa femme Mme Stéphanie Bosteels prend la direction de l’entreprise, épaulée par son fils Stéphan et par Roger Vandenbossche.

 

En 1963, on ouvre un bureau aux Entrepôts de Roubaix pour dédouaner les marchandises en provenance d’Allemagne. En 1966, un bureau s’ouvre à Lille, dans l’enceinte du Port Fluvial.

 

En 1969, le bureau de Paris se déplace à Garonor, et cette même année s’ouvre le complexe douanier d’Halluin-Est, en 1975, le site douanier d’Halluin-Autoroute sur le territoire de Rekkem (Belgique) et la société s’y installe.

 

En 1976, le siège social se trouve sur la zone industrielle de Neuville-en-Ferrain. Entre 1976 et 1992 la société Bosteels et Cie France ouvre des bureaux à Gonesse, Rungis, Boulogne sur Mer, Valenciennes, Douai, Dunkerque-Port, Bourges, Orly.

 

En 1990, s’opère une fusion de Bosteels avec la société Vallaeys sous le sigle B.V.I.L.  L’ouverture des frontières signe la fin de l’agence en douane.

   

17/10/2010.

Commentaire : Daniel Delafosse

 

03998

Une vue de la "place Verte" actuellement place du Général de Gaulle,

qui fut créée vers 1880, avec son kiosque, à gauche l'école du Sacré-Coeur,

 la gendarmerie et au fond les petites maisons blanches,

où les rempailleuses de chaises louaient une pièce pour travailler.

Les roulottes des forains annoncent la ducasse.

(photo n° 3998) 

 

Une Institution de la Ducasse Halluinoise…

« Madame Jeanne » de Tourcoing. 

 

En 1996, dans la presse locale, on pouvait recueillir les propos de Mme Jeannine Bossaert-Dhavelons, 69 ans, industriel forain en confiserie et véritable institution des traditionnelles ducasses d’Halluin qui se déroulent chaque année en juin et septembre.

 

Depuis 51 ans au cœur des fêtes foraines de la région, cette figure tourquennoise qu’on retrouve à chaque fête dans la cité, souvent porte-parole des forains, « Madame Jeanne » comme on l’appelle du fait de son enseigne, habite dans le quartier de la gare à Tourcoing.

 

Dites-nous quelque chose de votre propre histoire ?

 

« Naissance à Tourcoing, au Chêne-Houpline, dans une caravane foraine… D’une famille où je représente la quatrième génération d’industriels forains. J’allais à l’école l’hiver au Virolois, mais dès 9 ans j’ai aidé mon père qui avait d’abord une loterie, puis un manège  de chevaux de bois.

 

Ce manège là, je l’ai vu d’abord tiré par des chevaux, puis actionné par la vapeur, avant qu’il fonctionne à l’électricité. En même temps ma tante Jeanne tenait un stand de confiserie ; je l’ai aidée, puis je lui ai succédé en gardant son enseigne. Eh oui, cela fait un demi-siècle que je fais dans le nougat…

 

Mariée depuis 1969, je continue à exercer ce métier qui me passionne, dans des temps qui deviennent toutefois de plus en plus difficiles… »

 

De votre métier ?

 

« Je l’adore. C’est dans le sang vous savez. J’ai d’ailleurs toujours défendu les forains, avec le tempérament qui est le mien. Des maires de Tourcoing, j’en ai connus. Eux aussi ont appris à me connaître ; je n’ai pas peur de dire les choses.

 

Ce métier, je l’exerce de la foire d’hiver à Tourcoing (en février) jusqu’en novembre. Avec un petit « revenez-y » à Noël. J’ai toujours été fidèle aux différents rendez-vous des fêtes foraines de la métropole, et je n’ai pas changé. Même si les endroits où cela marche mieux aujourd’hui ne sont plus ceux que je fréquente, malheureusement.

 

C’est devenu difficile pour ce métier. Dans le temps, les places des villes n’étaient pas faites pour les automobiles, mais bien pour accueillir fêtes et manèges. Et la foule s’empressait dans nos foires foraines. On ne demande pas la lune. Simplement le droit de travailler tranquillement… ».

 

Des passions que vous avez dans la vie ?

 

« Cela va de pair avec mon métier : j’adore parler avec les clients. Le contact, c’est primordial pour moi. Je ne pourrais pas rester enfermée chez moi toute la journée…

 Au fil des années, j’ai fini par être connue, c’est sûr, et à connaître nombre de clients. Dernièrement une cliente me présentait sa fille. J’avais connu sa mère et sa grand-mère auparavant…

 

Avec les habitués qui prennent d’ailleurs souvent les mêmes produits, se tissent en quelque sorte des liens. Les gens se confient beaucoup. On suit leur vie de famille, leur parcours personnel, avec ses joies et ses misères.

Et puis, pour beaucoup de Tourquennois, je suis un symbole de leur enfance. En me voyant, il y a forcément des souvenirs qui leur viennent. C’est plutôt sympathique, cela… ».

 

De Tourcoing ?

 

« Je suis fière d’être tourquennoise. Tourcoing, c’est ma ville. Je regrette simplement que ce ne soit plus le Tourcoing d’avant. Il y a certaines évolutions qui m’attristent. La vie change, la jeunesse aussi. Mais je n’ai jamais eu envie de vivre ailleurs.

J’en ai vu des retraités quitter Tourcoing, et revenir finalement parce qu’ils ne s’habituaient pas ailleurs. Question de mentalité… ».

 

De votre quartier ?

 

« Il est dans la mouvance de mon enfance. C’est « mon » quartier, en somme. Et on a de bons rapports avec nos voisins. Cela fait du bien d’avoir un point d’ancrage. Surtout dans notre métier ».

 

De la famille ?

 

« C’est beau la famille. Surtout quand on s’entend bien. C’est le cas pour moi. Dans les familles de forains, on est content de se retrouver. On sait aussi fêter comme il se doit les anniversaires ensemble, par exemple…

 

Il y a bien des explications de temps en temps, à cause du métier. Mais il n’y a pas de rancune. D’ailleurs personnellement, je ne sais pas bouder bien longtemps. Je dis ce que j’ai sur le cœur, et puis on passe à autre chose… ».

 

De Dieu ?

 

«J’ai mes idées  là-dessus, elles sont personnelles. Disons que j’y crois, mais que Dieu n’est pas toujours juste. Il y a des choses qui se passent maintenant et qui ne devraient pas être… ».

 

De l’argent

 

« Il ne fait pas toujours le bonheur, mais il y contribue. On doit savoir travailler, ne pas gaspiller, mais il faut en profiter tout de même. J’ai parfois le sentiment que la jeunesse d’aujourd’hui ne se rend pas compte de ces réalités. On le voit quand les enfants pinaillent pour choisir telle ou telle friandise. Il me semble que les parents n’ont plus d’autorité. C’est de là que viennent beaucoup de problèmes… ».

 

De l’amitié ?

 

« C’est parfois plus fort que l’amour. Des vrais amis, il n’y en a pas beaucoup. L’amour  peut passer, mais l’amitié reste ».

 

De l’amour ?

 

« C’est la grande histoire de la vie de chacun. Il faut surtout bien s’entendre, pour former un couple dans la durée. Mon mari et moi on est tous les deux des nerveux. Parfois ? ça fait tilt, forcément. Mais c’est surtout pour les autres qu’on s’accroche… Quand il s’agit d’aider quelqu’un, par exemple, on n’a pas toujours les mêmes idées. Mais la vie continue après… ».

 

De l’an 2000 ?

 

« On se demande bien sûr comment ça va aller… On y va de toute façon… Il y aura du changement, c’est sûr. On espère juste que ce sera davantage en bien qu’en mal ».

 

Des jeux olympiques ?

 

« C’est beau à voir cette jeunesse en pleine santé. Et les médailles françaises qui pleuvent font toujours plaisir. Cela me rappelle les temps héroïques des Enfants de Neptune qui glanaient médailles et succès au water-polo. Les Tourquennois étaient fiers de leur équipe… ».

 

« Enfin dites-nous quelque chose qu’il vous tiendrait à cœur de dire…

 

« Je voudrais que les Tourquennois n’oublient pas qu’il y a encore une foire foraine dans leur ville. Je voudrais qu’elle ne meure pas, comme cela a été le cas à Roubaix. Si on avait simplement la visite d’un quart des Tourquennois, ce serait magnifique… ». 

 

« Nougat Jeanne » et la ducasse d’Halluin.

 

En Novembre 2000, voici les impressions des anciens propriétaires du manège des chevaux de bois « Davelons », l’attraction la plus connue dans les années 1950-60-70, et la plus fréquentée par les enfants et parfois aussi par des adultes.

Depuis plusieurs années, il a cessé ses fonctions dans notre région pour se retrouver à Bagatelle (Pas-de-Calais).

 

 Il y avait Jeannine, la joyeuse septuagénaire qui, avec son mari, Jean-Pierre, tient le stand « Nougat Jeanne ». Et puis Christine, qui règne sur le manège des canards, qui a déjà enchanté notre enfance… Et Brigitte, sa sœur, qui nous régale de délicieux croustillons hollandais.

 

« On aime bien Halluin, dit Christine. Les riverains sont nos amis. Nous sommes contentes de les retrouver deux fois par an, de prendre de leurs nouvelles ».

 L’histoire d’amour avec notre ville remonte souvent à plusieurs générations. « Vous rappelez-vous le manège des chevaux de bois ? dit Jeanine.

« Il appartenait à mon grand-père. Mon père lui a succédé. A l’époque, il voyait des gens en sabots, à la ducasse. Nougat Jeanne a été créé par ma tante, en 1934. Puis en 1938, ma mère l’a repris ».

 

Le manège des petits canards a été créé en 1920, par le grand-père de Christine et Brigitte. Au départ, c’étaient des bateaux. (En 2010, ils sont toujours au même endroit, face à la mairie actuelle, à côté de la fontaine).

 

 Depuis longtemps, l’attraction est devenue une institution halluinoise. Christine montre fièrement les photos de la réception en mairie qui, en 1996, fêtait le cinquantième anniversaire du manège.

« Je me souviens encore de l’époque où la mairie n’était pas encore la mairie ; c’était Chez Mme Sion. Maman y était invitée régulièrement à boire le café ! » 

Quant aux croustillons hollandais, c’est depuis cinq générations qu’on les confectionne !

 

Leur travail n’est pas toujours facile. Il y a des périodes creuses, l’hiver, pendant lesquelles l’argent ne rentre pas. Des enfances passées en pension. La guerre, pendant laquelle il n’a pas été possible de travailler. Jamais de vacances, car les périodes d’arrêt sont consacrées à l’entretien du matériel. Des deuils. Des accidents.

 

« Mais vous ne parlez-pas de ce qui est triste ? N’est-ce-pas ? » Pas question pourtant d’envisager une autre vie. « J’adore mon métier ! s’exclame Jeanine. J’aurais bientôt 74 ans, et je n’ai pas envie d’arrêter. Voir des gens, cette ambiance de fête… Je suis née là-dedans ! »

Les visages rayonnants des badauds. Les yeux brillants de convoitise devant une belle pomme vernie de rouge. Le rire frais d’un enfant qui décroche le pompon… Les forains sont des marchands de rêve.

 

Et puis ils ne se sentent jamais seuls. « Regardez les petites autos, juste en face, souffle Jeanine. C’est ma sœur et mon beau-frère… ». Mais outre les liens du sang, il y a aussi l’immense solidarité des collègues.

 

« Si quelqu’un tombe en panne ou est victime d’une tempête, comme cela arrive parfois sur la côte, dit Christine, les autres arrivent pour l’aider à remettre en marche. La machine, c’est le gagne-pain ».

Les forains sont une grande famille.

 

A la Ducasse d’Halluin… 68 ans parmi les manèges !

 

Deux fois par an, les manèges reviennent sur la place d’Halluin. Ils ont enchanté des générations d’enfants et employé des générations de forains. Arlette Dailly, foraine, nous raconte ses souvenirs en ce mois de Mai 2008.

 

« Je suis née dans une roulotte comme les bohémiens », plaisante Arlette Dailly. Mais quand on y réfléchit bien, à cette époque, nombre de femmes accouchaient encore à domicile. Quoi de plus normal alors que d’accoucher dans la caravane qui servait de logement pendant la plus grande partie de l’année ?

 

En 1940, elle était donc déjà à la ducasse d’Halluin, lovée dans son berceau, bercée par la musique du manège de chevaux de bois tenue par son père. « Nous sommes déjà quatre générations de forains, proclame-t-elle fièrement. Avant moi, il y a eu ma grand-mère, puis mon père. Maintenant j’ai passé le relais à ma fille, mais je supervise encore avec mon mari ».

 

Dans la famille d’Arlette, il y a aussi sa sœur Jeanne, célèbre pour son nougat. A 80 ans, elle a fini par prendre sa retraite, mais l’enseigne Nougat Jeanne est toujours présente. « C’est une cousine qui a repris » précise Arlette. Car dans la famille, on a le sens de la fidélité à la cause des ducasses. « Nous avons même eu une médaille ici à Halluin, pour l’ancienneté », se remémore-t-elle.

 

Naturellement les choses ont beaucoup changé. « Halluin, c’était vraiment une bonne ducasse. Elle occupait la rue Marthe Nollet en plus de la place. Et elle était très fréquentée. Je l’aime toujours car l’ambiance y est bonne, même si le chiffre d’affaires a baissé, comme partout ailleurs », affirme Arlette.

 

Après le montage des manèges, une pause rassemble les anciens, forains depuis plusieurs générations pour la majorité. Ils évoquent les chevaux de bois, les barques et les poules. Des manèges qui ont disparu au profit d’autres plus modernes.  

 

« Maintenant, il y a aussi beaucoup de jeux d’argent, d’adresse et de hasard. Ca marche très fort », constate Arlette. Mais une chose est sûre, pour les plus jeunes, rien ne vaut un manège du genre di sien, avec ses véhicules colorés et son pompon à décrocher.

Arlette va aider sa fille à l’astiquer pour qu’il soit étincelant : la ducasse doit être un lieu féerique qui donne envie de s’y attarder. Elle peste contre ceux de ses collègues qui n’en font pas assez à son goût dans ce domaine.

 

L’autre facteur de la fréquentation, c’est la météo. « Il faut qu’il fasse beau, sinon les gens ne sortent pas, mais pas trop non plus sinon ils partent à la mer », a depuis longtemps constaté cette ancienne parmi les forains.

 

 26/9/2010.

Commentaire : Daniel Delafosse

 

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Menuet de Boccherini, exécuté par les filles de la JOC,

(1) (Jeunesse Ouvrière Chrétienne Féminine)

au cours d'une séance récréative le 5 mars 1944,

au cercle catholique.

(photos n° 1899-1905-1906)

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Ancienne adresse des syndicats libres à l'Epi,

rue des écoles, (actuellement rue Gustave Desmettre),

devenue la Maison pour Tous puis la M.J.C.

(photo n° 674)

AD 0189

Maison pour tous. MJC

(photo urbad-AD 0189)

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"Le Roman d'un jeune homme pauvre" représentation

donnée les 20-27 déc. 1925 par le Cercle Catholique

(photo no 2975) 

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Le Cercle Flamand en 1920, rassemblé avec le Cercle St Joseph

et la Jeune Garde dans la cour de l'école Jeanne d'Arc. Sur la bannière

on peut lire : West Vlanderen  oost Vlanderen

                   Onder kristus kruis

Au centre l'Abbé Peel et lAbbé Becquart          (photo no 2986/2984)